Michèle Picard : "Nous ne plierons pas !" Intervention de Michèle Picard

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Intervention de Michèle Picard, Maire de Vénissieux

Conseil municipal extraordinaire

Samedi 27 juin 2009
Hôtel de Ville de Vénissieux

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En cette matinée, je ne veux pas parler de fin, mais de continuité. Je ne veux pas parler de succession, mais de passage de témoin. Si une page se tourne, c’est le même livre qui s’écrit. Car oui André, Vénissieux en 2009 se porte bien, et ce n’était pas gagné d’avance. Après les deux électrochocs de notre histoire récente :
1981 et l’été chaud des Minguettes, 1995 et la fuite de l’électorat vers l’extrême droite. Car oui André, la ville que tu nous confies, et non pas que tu nous laisses, est une ville debout, une ville en état de marche, altière, fière et solidaire, une ville qui connaît une mutation accélérée et prodigieuse. Une ville où l’on revient vivre, que l’on revient habiter, une ville qui ouvre à nouveau ses volets vers son propre avenir.

Depuis ta prise de fonction, le 26 octobre 1985, à la tête d’une liste d’union des forces de gauche, Vénissieux a effectué, sans jeu de mot, un grand bond en avant. Malgré de très nombreux obstacles. Certains bien visibles, comme ce phénomène de ghettoïsation de quartiers entiers que l’Etat a abandonnés, puis des cités populaires, éloignées des beaux centre-villes et des centres économiques. D’autres plus pernicieux, plus difficiles à combattre car insaisissables, comme l’image négative dont fut victime la ville après les émeutes de 1981. Vénissieux la rebelle était devenue alors le symbole des « villes chaudes des banlieues ». Cet abcès et accès de colère, compréhensibles sur le fond, ont été le point de départ d’une politique de rénovation urbaine volontariste menée sous tes mandatures, tout au long des années 80, 90 et 2000. Les Vénissianes, les Vénissians, les différentes équipes municipales, les conseils de quartier, pionniers dans notre ville, tout le monde s’est retroussé les manches pour s’inventer un autre avenir, un projet de vie en commun. Avec les
10 ans de Guy Fischer, suivis des 14 ans de Yolande Peytavin, les deux premiers adjoints qui ont œuvré sans relâche. Aujourd’hui en 2009, la rénovation des quartiers populaires de Vénissieux est citée en exemple. La spirale négative a été cassée. Vénissieux, ville à part entière, est de nouveau une ville attractive.
Comme tu l’as souvent dit : « Notre cité est un véritable condensé, un laboratoire des problèmes que connaît la France ». Après 24 ans de mandat, tu peux, et nous pouvons affirmer haut et fort à tous ceux qui n’y croyaient pas : Vénissieux, c’est maintenant près de
60 000 habitants, c’est la 3ème ville du Rhône, la 7ème de Rhône-Alpes, c’est la 83ème ville de France. Quand on sait que la population vénissiane n’avait cessé de décroître depuis le milieu des années 70, on mesure mieux la distance parcourue. Quand on sait que la politique de rénovation urbaine a été accompagnée avec la même pugnacité par une politique sociale, familiale, éducative, culturelle, au service de tous, on comprend mieux pourquoi Vénissieux est sortie de l’ornière.

Notre ville porte ton empreinte de premier magistrat et de toutes les équipes qui t’ont entouré. Probité, intégrité, - tu sais ce que veut dire « tenir une parole, un engagement »-, humilité, fierté, sens de l’honneur et du devoir. Des états d’âme il y en a eu, des états de service aussi, beaucoup, mais il faut trancher pour avancer. Passion de ta ville et de tous les habitants qui lui donnent son caractère, sa richesse, sa complexité aussi. Oui, du matin au soir – et le matin commence avant le chant du coq chez toi - toujours ce credo, gravé dans le marbre : être au service du démuni, du français et de l’immigré, de l’enfant et de nos aînés, sans délimitation partisane ni chapelle. Pour partager le seul projet qui vaille : faire société. Pas de petits dossiers, ni de grands dossiers pour Vénissieux : il faut les mettre tous sur la table, les traiter un par un. Ce qui m’a profondément surprise lorsque j’ai mené la campagne des législatives 2002 en tant que suppléante à tes côtés, c’est également la liberté d’initiatives que tu m’as laissée en me conseillant : « sois toi-même, reste ce que tu es ». Et puis ce sens du pragmatisme, car en politique comme dans la vie, rien n’est tout à fait noir ni tout à fait blanc. Il faut savoir composer, s’opposer, négocier, sans trahir ses convictions ! Le combat d’idées, dans l’espace et le champ de tous ceux qui reconnaissent la République, est un combat sans fin. Mais il s’arrête là où commence le respect de la personne. Des convictions, pas de diffamation, ça aussi, c’est ta marque de fabrique. Cette passion intacte a alimenté tes réflexions et tes convictions communistes – et dans communiste, il y a le mot commun auquel tu es attaché !. Ce PCF, le tien, le nôtre, que tu n’as pas hésité à bousculer, que tu souhaites faire sortir de sa torpeur. Comme Vénissieux il y a 25 ans !

Pour donner une idée de la mutation rapide de notre ville, je parlerai juste de l’année 2009. Elle touche tous les cœurs de la politique municipale et irrigue l’ensemble de la commune : les transports et l’urbanisme : le tramway T4, qui désenclave des quartiers entiers et relie, enfin !!!, Vénissieux visiblement à Lyon, avec des copropriétés, des immeubles locatifs revalorisés, une coulée verte et fleurie qui change le cadre de vie. Avec le plateau des Minguettes et tous les autres quartiers qui ne cessent de se transformer sous nos yeux. La santé et l’hôpital des Portes du Sud . La culture et les trois salles du cinéma Gérard-Philipe. Le sport et le complexe Laurent-Gerin . Trait commun de ce véritable big bang local : apporter les services publics au cœur de la cité, là où les besoins s’en font ressentir, briser les ségrégations territoriales, unifier les espaces, faire tomber les murs de l’argent, les plus coriaces. Avec toujours ce leitmotiv de la part de la majorité : lutter contre la précarité, lutter contre la pauvreté, lutter contre les inégalités, lutter, sous le feu d’un capitalisme charognard, contre cette idée que tout se vend, que tout est argent et spéculation. Nous nous y opposons fermement et nous défendons haut et fort tous ces espaces républicains au service du bien commun, sans lesquels la France ne serait pas la France. L’école, la santé publique, l’emploi des jeunes, la défense de l’industrie à Vénissieux et en France traduisent cette volonté forte de cohésion sociale et de partage des richesses. Nous ne ferons pas payer la crise aux populations fragilisées, malgré la politique nationale menée par le tandem Sarkozy-Fillon. La non-augmentation des taux d’imposition et des tarifs sociaux sont là pour le prouver !

En ce 27 juin, en devenant maire de Vénissieux, je mesure donc l’ampleur de la tâche qui m’attend et le poids des responsabilités qui m’incombent. Ça ne me paralyse pas, bien au contraire, ça me motive et ça consolide les convictions qui ont toujours été les miennes : je crois en la force de l’individu quand elle est au service du collectif, je crois en l’action politique lorsqu’elle entre en frictions avec le réel, lorsqu’elle veut améliorer le quotidien des gens. Je crois en l’avenir de nos enfants si l’on donne des moyens à l’école. Je crois à la force du mouvement social si l’on veut changer de politique et de société. Je crois à la République et à son incroyable modernité. Il faut savoir mettre les mains dans le cambouis, arrêter de faire de la politique dans les salons. Je crois qu’ensemble on peut changer le cours des choses.

André, tu te qualifiais toi-même de « blaireau dauphinois », certains m’ont surnommé « la pasionaria des entreprises », comme quoi, là aussi, il y a une forme de continuité. Le même livre, toujours le même livre écrit et à écrire. Sous la réserve qui m’est naturelle, il y a une femme pugnace, indépendante, une femme passionnée. Une femme en colère par rapport aux injustices criantes, par rapport à une société tournée vers l’individualisme, vers le chacun pour soi. Une société morcelée, atomisée, tentée par le repli communautariste alors que la seule réponse, c’est une République unie, indivisible, solidaire ! Une femme furieuse enfin, face à ce modèle de croissance qui fonce droit dans le mur, en klaxonnant, et qui laisse hommes, femmes, enfants et pauvres sur le bas-côté de la route.

Je sais qu’une identité ne se construit pas du jour au lendemain, que tout ce qui stimule l’émancipation de l’esprit et du corps – l’éducation, le sport, la culture, n’en déplaise à l’extrême droite !- renforce la personne dans son cheminement, renforce le lien social. Je crois plus que jamais aux vertus du nous, beaucoup moins au « tout à l’ego » du je. A ce titre, et ce n’est pas faire preuve d’une humilité feinte, je peux vous assurer qu’on ne devient pas maire du jour au lendemain, sauf pour les symboles, et c’est le plus facile ! Il me faudra la patine du temps, la patine de l’expérience, mais je sais pouvoir compter, dans ce cadre-là, sur une majorité progressiste opposée à la politique Versaillaise de Nicolas Sarkozy. Je sais pouvoir compter sur une équipe d’élus communistes soudée, expérimentée, volontaire, dévouée et unie. Je n’en serai pas là sans eux, je n’en serai pas là sans cette amitié indéfectible qui me lie à la Première Adjointe, Yolande Peytavin. Enfin, je n’en serai pas là sans toutes ces rencontres qui ont jalonné ma vie. Sans ce que j’appelle les « grâce à qui et les à cause de ». Sans l’esprit CGTiste de mon père, sans les profs des Minguettes, sans les militants croisés qui ont construit ma personne. Sans les expériences professionnelles qui m’ont façonnée : les beaux-arts, le design, puis le partage, avec mes collègues, de la dureté du travail de nuit dans la sous-traitance bancaire, dans des conditions inhumaines, de l’exploitation éhontée du faible par le puissant. Sans l’arrogance terrible des petits argentiers en tous genres qui ont construit mes révoltes, mes combats, mon humanisme. Je n’en serai pas là sans l’esprit qui règne dans cette ville, cet esprit Vénissian, rebelle, que j’aime.

Ce 27 juin est donc pour moi un jour d’unité et de transmission, mais c’est aussi le jour d’un pacte, scellé avec l’ensemble des habitants. Ceux qui en mars 2008 ont élu massivement, dès le premier tour, la liste d’union de la gauche menée par André Gerin peuvent ainsi être rassurés : le contrat communal 2008-2014 sera mené à son terme, rempli dans son intégralité. Il ne bougera pas d’un centimètre par rapport aux objectifs fixés. La souveraineté populaire ne sera pas bafouée, car elle restera toujours supérieure à ceux qui la portent. Le cap fixé sera donc le cap tenu : construction de logements diversifiés, lutte contre la grande pauvreté, amélioration du cadre de vie, du vivre-ensemble dans la tranquillité et la tolérance, renforcement du lien citoyen. Pari de l’enfance, de la jeunesse, de la diversité sociale, de l’autonomie et de la solidarité à l’égard de nos aînés, de la défense des droits des immigrés, de l’enrichissement des équipements publics communaux, du maintien de l’activité industrielle dans le sud-est lyonnais. Ça se traduira sur le terrain. En matière d’aménagement : le combat pour un véritable Contournement fret de l’agglomération lyonnaise, la continuité du Boulevard Urbain Est, la mise à l’étude de la ligne A8, le prolongement du métro. En matière de cadre de vie et d’urbanisme : le Puisoz, le pôle multi-modal de la gare, le Couloud, le programme Vénissy pour dynamiser le commerce aux Minguettes, la rénovation des quartiers Armstrong et Monmousseau, une écologie urbaine de proximité. En matière d’éducation : la reconstruction du lycée Jacques Brel, la défense de l’école maternelle et des conditions de travail des enseignants. Pour dessiner, imaginer ensemble les contours d’une ville où il fait et il fera toujours bon vivre.

Le mouvement impulsé ne s’arrêtera pas là. Malgré le désengagement et l’abandon des missions régaliennes de l’Etat, malgré l’envie de mettre sous tutelle les politiques autonomes des communes dans des centres de décision toujours plus éloignés du citoyen. C’est le socle de la République que la droite attaque, et c’est le taux d’abstention qu’elle renforcera en balayant d’un revers de main l’expression populaire. C’est au cours de ce mandat qu’il faudra s’y opposer !

L’autre question à laquelle nous serons confrontés, c’est l’ampleur de la crise actuelle. Combien de personnes vont perdre leurs emplois –on parle de 700 000 pour 2009 !-, combien de temps encore le tissu social de notre pays tiendra-t-il ?

Travailleurs pauvres, étudiants sous le seuil de pauvreté, SDF qui ont un emploi, jeunes sans formations, ménages surendettés, la liste est aussi longue que terrible, et j’ai pu mesurer en tant qu’adjointe à la politique sociale l’ampleur de la détresse humaine : détresse sociale, détresse d’hommes, de femmes, d’enfants laissés sur le carreau. Les besoins sont devenus des besoins de base : se loger, se nourrir, se soigner. Terrible constat, qu’il faut regarder droit dans les yeux. En France, je dis bien en France, 2 millions d’enfants vivent sous le seuil de la pauvreté, 16 000 enfants sont sans toit ! Mesure-t-on l’ampleur des traumatismes et comment supporte-t-on ces conditions indignes ? On vole à ces enfants leur enfance, et bien plus encore. Il y a urgence, et les collectivités locales ne pourront pas assumer seules les réponses. L’Etat devra prendre ses responsabilités. Car ce que je sens, les pieds au sol, c’est la secousse sismique qui risque de faire trembler notre société, de la fracturer tragiquement si l’on n’agit pas ici et maintenant. Pas demain, ni dans un mois, non l’urgence est là, sous nos pieds, en juin 2009. L’heure est à la mobilisation, l’heure est à la construction d’un grand mouvement populaire.

Je ressens également une menace sourde, une menace contre les femmes, ou plutôt contre la place des femmes dans notre société. Après tous les acquis obtenus pas à pas, après des siècles de luttes, leur émancipation et leurs droits ne cessent d’être rognés, leur image déformée, caricaturée, dévalorisée. Dans le monde du travail : précarité, travail de nuit, pression sur des milliers de femmes seules avec enfants, isolées, cumulant des problèmes de logement et d’argent. Dans nos sociétés de consommation : utilisation mercantile de la femme-objet, de la femme vénale, de la fille facile, et ce fléau des violences conjugales. Dans nos rues et espaces publics : femme sans identité, sans visage, femme sous burqa, niée, rayée de toute représentation. « C’est un problème tout à fait important au regard essentiellement de la condition des femmes. Il importe de savoir pourquoi cette généralisation, pourquoi cette dissimulation des corps et des visages ». Cette déclaration est celle d’un grand homme, qui a fait avancer la Vème République avec l’abolition de la peine de mort : elle est de Monsieur Robert Badinter, un homme pour lequel j’ai beaucoup de respect !

Les femmes, donc, sont les première victimes des politiques libérales, les premières victimes du démantèlement des services publics, les premières victimes de la privatisation rampante de la santé, notamment au sujet de l’IVG.

Ouvrez, ouvrons vite les yeux ! Coupes drastiques aux associations de femmes, RSA « pour travailler plus pour travailler pauvre », pas de coup de pouce au SMIC en pleine crise mondiale, les banques sauvées des eaux à coups de milliards d’euros aux dépens des ouvriers et employés licenciés, jetés : elle est là la politique de Sarkozy, et pas ailleurs ! Comme si la communication avec un grand C faisait office dorénavant de politique.

Le chantier est immense, mais passionnant. En revêtant l’écharpe tricolore ce matin, -ce qui n’a jamais été l’obsession de ma vie, je vous rassure -, je n’ai qu’une idée en tête : rendre service aux Vénissians, à tous les Vénissians. A l’image de mon prédécesseur, je ne serai pas le maire d’une partie de la ville, d’un quartier, mais le maire de tous les habitants de Vénissieux. Mon mandat se fera par et pour Vénissieux. Mon combat, c’est le vôtre, c’est le nôtre, c’est celui des acteurs économiques, et des gens qui travaillent à Vénissieux.

C’est aussi l’écho et l’héritage de tous les maires communistes de la ville depuis plus de 70 ans, de Ennemond Romand à Louis Dupic, de Marcel Houël à André Gerin ! C’est l’écho et l’héritage de tous les maires progressistes qui ont précédé, luttant pour le progrès social. Les batailles que nous allons livrer – et elles seront nombreuses – ne concernent pas que les élus. Elles doivent mobiliser toutes les énergies, des citoyens aux fonctionnaires, du personnel de l’éducation nationale à celui de la santé publique. Il est faux, et naïf, de croire que les enjeux de politique nationale et la gestion d’une ville forment deux mondes à part. Les deux sont liés et le vacillement des piliers de notre République, - l’école, l’accès aux soins, la laïcité, la continuité territoriale, attaqués sans précédent par le tandem Sarkozy-Fillon -, doit cimenter nos sensibilités progressistes de gauche, de toutes les gauches, creuset d’idées, de débats qui feront avancer Vénissieux sur la voie du progrès social, du vivre-ensemble. Dans ces temps âpres et difficiles, je serai le porte-voix des Vénissians. J’ai besoin de la richesse et de l’expérience des élus communistes, de la diversité de la majorité, et de tous les habitants. Car il y a une chose dont je suis sûre : nous ne plierons pas !

Je vous remercie de votre attention