Plan partenarial de gestion de la demande de logement social Conseil municipal du 15 octobre 2018

, par  Aurélien Scandolara , popularité : 63%

Nous donnons un avis sur le projet métropolitain de gestion de la demande et d’information des demandeurs, s’appuyant sur la mise en réseau de l’ensemble des acteurs du logement social.

Mais on ne peut évoquer ce projet sans évoquer la réalité de l’urgence du mal logement.

Je commencerai par le 1er paragraphe de l’appel de l’abbé Pierre en février 1954. « Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée... »

Cette urgence sociale n’a pas réellement changé !

Le logement est pourtant un droit universel, reconnu par notre Constitution, un besoin fondamental au même titre que se nourrir, s’éduquer, se soigner ou se cultiver.
Mais notre pays compte 4 millions de mal logés et près de 15 millions sont touchés à des degrés divers. La part des dépenses de logement dans le budget des ménages a explosé de 17 % en 1984 à près de 25 % aujourd’hui !
Ces dernières années bon nombre de lois ont mis en péril le logement en règle générale, et le social en particulier.

La loi ELAN et les coupes drastiques dans le budget des offices HLM, qui affectent considérablement l’entretien et les projets de rénovation du parc social.
La hausse des loyers avec la remise en cause de leur encadrement,
La baisse des APL ont aggravé les difficultés des habitants les plus pauvres et fragilisés fortement les bailleurs sociaux.

La loi pacte exclut du 1 % logement 500 000 français.
Près de 2 millions de ménages attendent un logement social alors que seulement 450 000 logements sont effectivement attribués chaque année, et dans la métropole de Lyon, on dépasse 5 demandeurs pour 1 attribution…

Pour mémoire 70% des Français sont éligibles au logement social, et bon nombre de villes ne respecte pas le seuil de 25 % .
A Vénissieux nous sommes fiers d’avoir un taux de 50 %. Et ceux qui demandent de le faire baisser doivent répondre à une question simple : que deviendront les habitants de Vénissieux qui en ont besoin si on réduit le nombre de logements sociaux ?
L’immense majorité ne pourra pas acheter l’appartement dans lequel ils vivent depuis des années et se verront obligés de partir dans une couronne lyonnaise encore plus éloignée, laissant la place aux marchands de sommeils et spéculateurs de tout genre.
On peut aisément regarder ce qui s’est passé à la Duchère qui a vu la part du social diminué de 20%, ce qui a provoqué un véritable changement de population.

Le logement social est une étape fondamentale dans le parcours locatif. Beaucoup de personnes passent par le logement social avant d’acheter, même s’il est aujourd’hui saturé du fait du ralentissement de la construction.
Ceux qui n’en trouvent pas sont obligés de se tourner vers le logement privé bien plus cher. Le logement social représente 14 milliards d’euros d’économie que les locataires d’HLM auraient dû payer en plus si les HLM n’existaient pas. Autrement dit, cela représente 14 milliards que ces familles ont pu dépenser pour se nourrir, se vêtir, se soigner, se cultiver... C’est indirectement une très grande contribution à la lutte contre la pauvreté.

Cet été Aubervilliers a été le théâtre de deux incendies meurtriers liés à l’habitat indigne. Ce drame a mis en lumière, une situation à laquelle nos villes sont confrontées depuis plusieurs années. Les marchands de sommeil prospèrent sur le dos de la précarité et de la fragilité de familles entières.
Quant aux arguments fallacieux sur le social trop cher, c’est faux ! Le logement social ne coûte pas, il rapporte !

Les comptes du logement, publiés le 31 juillet dernier par les services du ministère de la Cohésion des Territoires pour l’année 2017, remettent en question ces idées reçues : la dépense publique consacrée à ce secteur (subventions d’investissement, allocations, avantages fiscaux) a représenté 41,9 milliards d’euros alors qu’il a rapporté près de 74,4 milliards d’euros à l’État.
Voila le mobile du crime. 74 milliards qui échappent à natixis et aux spéculateurs. Comment ne pas penser à la phrase de Marx ?
«  Le Capital a horreur de l’absence de profits. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire ; à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime.  »
Quitte à faire dormir des gens dehors en plein hiver, à louer des 12m2 ou des logements insalubres et dangereux.

Nous, nous affirmons que le droit au logement doit primer et qu’il doit être garanti pour permettre à chaque citoyen, à chaque famille de se loger et de sortir d’une insécurité insupportable.
C’est aussi en ce sens qu’à, quelques jours du début de la trêve hivernale, nous réaffirmons notre volonté pour qu’aucune expulsion n’ait lieu sans solution préalable de relogement.

C’est avec cette urgence en tête que nous donnons un avis réservé au projet métropolitain, notamment pour demander plus de moyens, plus de travailleurs sociaux pour un meilleur accueil et suivi des demandeurs. Car si ce plan ne changera rien par lui-même à la terrible insuffisance de l’offre, les outils proposés afin de favoriser l’accès au logement à ceux qui en ont besoin sont utiles, si les moyens réels de leur efficacité sont mobilisés.

Je vous remercie