Garder nos points d’appuis malgré les grands vents médiatiques Point de vue pour la rentrée...

, par  Pierre-Alain Millet , popularité : 18%

D’habitude, l’été était une période médiatique calme. A part quelques mauvaises nouvelles sur des augmentations de tarifs, les médias avaient bien du mal à trouver de quoi polémiquer... Cet été 2010 par contre, si nous avons bien eu les mauvaises nouvelles sur les tarifs, les grands vents médiatiques se sont succédés sans interruption... histoires à la Dallas/Bettencourt des grandes fortunes françaises et leurs liens étroits avec les élites politiques, insécurité et discours sur l’insécurité mêlant Roms, sans papiers, gens du voyage, immigrés dans le grand débat sécuritaire qui dure depuis 10 ans, tout cela sur le fonds de la crise qui continue, des budgets qu’il faudra réduire, des dettes qu’il faudra payer, et donc des retraites qu’on ne pourra plus prendre...

Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir payer des milliards ! Tous ceux que les banques ont brulé dans la crise de 2008 et ses suites, que les banques centrales leur prêtent depuis à 1% pour qu’elles le reprêtent aux états à 3, 4%, voire 7% parfois comme en Grèce, et que nos banques nous le prêtent à 5%.. quand elles veulent bien ! Les sommes sont vertigineuses, et on se demande si tout le travail des Chinois suffira pour acheter toutes ces dettes du Nord qui font tourner à plein régime les planches à billet. Les plus anciens se rappellent sans doute les suites de la crise de 29... On dit que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle bégaie. On peut se demander ce que ca peut donner cette fois !

Dans ce contexte, nous avons tous besoin de points d’appuis, de repères pour ne pas se sentir comme un fétu de paille dans le grand vent de l’histoire. Or, c’est tout le contraire que nous donne à voir les médias.

l’échec de la politique sécuritaire du gouvernement

D’abord, le constat de l’échec complet de la politique sécuritaire du gouvernement. Sarkozy s’occupe de sécurité au plus haut niveau, ministre puis président, depuis 8 ans maintenant ! Et on a le sentiment que tout s’est encore empiré. Bien sur, il y a la part des médias, mais nous sommes bien placé pour constater ce qui se passe, et que résume d’ailleurs souvent la police elle-même. On arrête beaucoup de gens, on bat des records de garde à vue, mais le plus souvent, ils sont relâchés. Facile d’accuser la justice ! Pourtant le nombre de condamnations augmente bien ! Sauf que pour avoir une condamnation, il faut un dossier, des preuves, des faits, des certitudes. L’exemple des US est là et très éclairant. On connait aujourd’hui plus d’une dizaine d’erreurs judiciaires de condamnés à mort, parfois exécutés... Là-bas, la justice n’hésite souvent pas à condamner sur la seule base des déclarations de police. Résultat, un des pays les plus violents et les plus dangereux !

De fait, la police est de plus en plus présente, elle intervient dans nos quartiers quotidiennement, et nous savons qu’elle prend des risques. Les policiers sont envoyés "au feu", alors que leurs effectifs sont réduits par les coupes budgétaires. On les équipe de plus en plus, gilets pare-balles, flash-balls, hélicoptères... et le résultat est évident, la pression monte, les réseaux de trafiquants s’organisent, la violence augmente, notamment contre les policiers. Mais on concentre toujours plus leurs moyens sur l’occupation du terrain en délaissant totalement les enquêtes judiciaires, la recherche de preuves. En quelque sorte, la politique d’usage des forces de police transforme nos quartiers en zone d’occupation, et mélange victimes et auteurs des délits dans la même ambiance, symbolisée par l’éclairage par hélicoptère, coupant la police de ce dont elle a un urgent besoin, une vie sociale qui permette de se connaitre, de se parler, de combattre la loi du silence. Et le résultat est de plus en plus visible... Aucun des "points chauds" de nos quartiers n’est supprimé ! Au contraire, dans certains endroits les choses empirent fortement.

la recherche de boucs émissaires

Dans cette situation, les discours du gouvernement accusant les immigrés en général de cette insécurité traduisent l’échec de la stratégie présidentielle. C’est bien de plus en plus le mode d’usage des forces de police décidé par Sarkozy qui est en échec grave. Il lui faut détourner l’attention de ses responsabilités en mettant en avant des boucs émissaires. Les Roms ? Cela fait des années qu’ils tournent de squatt en squatt, à Vénissieux comme dans toute l’agglomération. Cela fait des années que André Gerin, puis Michèle Picard, interpellent le préfet et le président du Grand Lyon pour une réunion de travail à l’échelle de l’agglomération, sans succès ! Ils sont 30 000 en France, fuyant la Roumanie que "nous" avons intégré dans l’Union Européenne pour élargir ce "grand marché du travail dans la concurrence libre et non faussée"... Et bien, question concurrence, on est servi ! C’est Sarkozy qui a "sauvé" la constitution européenne en la faisant accepter par le parlement en France, malgré la victoire du NON en 2005 ! Qui peut croire que ce sont les 30 000 Roms qui mettent en péril la tranquillité en France ? Les expulser ? On le fait depuis 10 ans, et sauf, à sortir de l’Union Européenne, nous savons qu’ils reviennent toujours, même en étant traité comme des chiens, ici, au moins, ils sont dans un pays plus riche que la Roumanie, ou la mendicité rapportent sans doute plus. Le gouvernement nous a monté un grand film cet été avec les expulsions massives en avion, mais ce n’est qu’un film destiné à montrer qu’il agit.. Dans quelques semaines, les squatts seront toujours là, il suffira de prendre le métro pour le voir avec la mendicité à chaque station.

la connivence des élites politiques, économiques et médiatiques

C’est pourquoi la folie des grandes fortunes et de leurs valets, leurs petites affaires de partage d’héritage, les sommes ahurissantes de "petite monnaie" qui circulent entre eux, qu’une domestique va retirer en banque pour la donner à un émissaire de tel ou tel... tout ce grand déballage ne peut que nous mettre en colère. Mais en colère contre qui ? contre ces Roms qui tentent de survivre dans nos rues ?

Ce qui est pourtant le plus révélateur dans toutes ces affaires, ce sont les liens étroits entre les grandes fortunes et les élites politiques, notamment au gouvernement. Car nous verrons bien ce que dira la justice, mais ce qui est clairement établi, c’est ce qu’avait déjà montré la balade de Sarkozy dans le Yacht de Boloré, les grands dirigeants politiques, économiques et médiatiques vivent dans le même bateau doré, pendant que l’immense majorité des Français reste au quai de la rigueur ou même de la pauvreté. Comme tous les Vénissians que je connais, je n’ai pas de frère, de cousin ou d’ami proche dans les grandes fortunes ! Nous ne vivons vraiment plus dans le même monde qu’eux, et c’est bien ce qui devient de plus en plus insupportable. Même sur le défi climatique, on peut se demander si cette "caste" des grands riches n’est pas prête à vivre "hors sol", pourvu qu’elle puisse maintenir son niveau de vie princier, nous laissant dans un environnement dégradé et dangereux.

Nos points d’appuis, la commune, la solidarité

On peut se sentir emporté par le doute, la peur ou le besoin de revanche, la recherche de coupables faciles, ou même le défaitisme et le repli sur soi... Mais une fois passé le grand vent médiatique, on peut pourtant se dire que nous avons des points d’appuis autour de nous. Ce sont d’abord toutes les relations sociales qui font vivre malgré tout de nombreux comités de locataires, comités syndicats, conseils de parents d’élèves... Ce sont aussi tous les services municipaux qui organisent l’entraide, la solidarité, les activités sociales et culturelles pour le plus grand nombre.

Chacun peut avoir son opinion sur les actions nationales, dans les mouvements sociaux, l’action syndicale et politique. On peut espérer que l’automne sera "chaud", et bousculera toutes les prévisions politiciennes. En tout cas, les prochaines assemblées générales des conseils de quartier pourraient être un moment clé pour redonner de la vigueur a cette vie locale qui est la meilleure réponse à la "société Bettencourt". A nous d’en faire une réussite.. et peut-être un évènement local..