Sécurité : réaction à complément d’enquête. La lettre des élus communistes et apparentés de Vénissieux N°56- février 2020

, par  Pierre-Alain Millet , popularité : 58%

France 2 a diffusé un reportage sur les Minguettes dans l’émission « complément d’enquête » sur la sécurité. On pouvait attendre une enquête sérieuse, fouillée, qui aide à comprendre les causes, à mieux connaitre l’action publique et ses résultats, et les éléments du débat public sur la sécurité qui est la première question posée par les habitants dans toutes les communes.

Rien de tout ça, une émission scénarisée comme un polar, caméra cachée, immersion dans un véhicule d’enquête, caméra à l’épaule pour suivre une course après un dealer. On se croirait dans une série policière musclée.

On ne voit que les policiers et les dealers, comme si l’enjeu de la sécurité n’impliquait pas aussi la justice, l’éducation, l’action familiale, le sport, les services publics, et surtout sans jamais ouvrir le débat politique, alors même que l’émission tient un discours politique totalement partisan !

Il suffit d’ailleurs de comparer ce reportage avec celui qui suivait sur la commune de Chanteloup les vignes. Tout change alors même que l’émission sur Chanteloup commence par un drame, un équipement public, un chapiteau de cirque, incendié sur une place. Mais là, des personnalités de la ville sont interrogées, les habitants s’expriment, et on voit d’ailleurs un carnaval des habitants contre la violence. L’émission montre aussi la tension avec les dealers qui protègent leur point de vente, mais cette tension n’est pas le seul discours !

Pourquoi cette différence de traitement ? Pourquoi avoir réduit Vénissieux à une plateforme de trafic ? Pourquoi avoir laissé entendre que les habitants seraient globalement les ennemis de la police ? Pourquoi n’avoir rien dit sur l’action publique de la commune, alors même que les journalistes ont fait de nombreuses interviews de ses acteurs ?

Pourquoi avoir réduit l’action de la police à une sorte de jeu avec les trafiquants ? sans rien dire de ce qui se passe avant, et après, les interventions et interpellations. L’émission est obligée de reconnaitre que l’action de police est efficace, qu’elle a des résultats impressionnants, et que les dealers sont parfois furieux, mais elle peut laisser croire à une sorte de statu-quo entre la police et le trafic, comme si la police se contentait d’opérations coups de poings sans avoir réellement l’objectif de faire reculer les trafics et de reconquérir la tranquillité publique.

Si les auteurs ne voulaient pas interférer avec le débat électoral, c’est raté, leur émission est faite pour conforter le discours catastrophique des droites qui résument toute l’action publique contre les trafics à une action répressive de police.

Et le pire, c’est que le reportage sur Vénissieux est suivi par une interview d’un « expert » venant calmement affirmer qu’il faut légaliser les stupéfiants, et qu’il faut une amnistie générale des trafiquants pour leur permettre de s’installer comme commerçants officiels !

On ne peut pas gagner la guerre contre les trafics, sans une grande bataille de santé publique pour faire reculer les addictions, sans des moyens publics considérables pour accompagner les jeunes, les familles, les habitants, confrontés aux drogues. La question principale n’est donc pas la légalisation du trafic, mais la dépénalisation de la consommation pour développer le travail de prévention, tout en maintenant la pression sur le trafic, à toutes les échelles, financière, internationale, locale, mais aussi sur les clients.

Cette émission est pour moi un scandale de plus dans la démission de nos « élites » devant les souffrances des jeunes, des familles, des quartiers. Les présidents des conseils de quartier de Vénissieux lancent un appel au débat et demandent un droit de réponse collectif à France 2.