Rapport n° 6 – INFORMATION. INTERCOMMUNALITE. Débat sans vote sur les orientations du Règlement Local de Publicité de la Métropole de Lyon.
Conseil municipal du 8 mars 2021
Article mis en ligne le 15 mars 2021
dernière modification le 1er mai 2021

par Said Hamidou Allaoui

Madame Le Maire,
Chers collègues,
Mesdames et messieurs,

La préservation de la qualité du cadre de vie, enjeu majeur, pour les territoires et les populations, est au cœur des politiques du paysage. La réglementation relative à la publicité, aux enseignes et aux pré-enseignes s’inscrit dans le prolongement de cet objectif.

Ce règlement local de publicité nous rappelle que la ville est aussi un choix esthétique, culturel.
Nous sommes nombreux à rêver d’une ville qui donne à voir ce qu’elle a de meilleur, en architecture, en paysage et nature, en vie culturelle et sociale, et à considérer que la publicité est de tout point de vue un cancer qui défigure la ville.

Il est vrai qu’on ne peut rêver d’une ville sans publicité sans rêver d’une autre société, dans laquelle ce n’est plus l’offre qui dirige la demande à travers des dépenses toujours plus grandes pour séduire, accaparer l’attention, éliminer les informations concurrentes, capter le temps de cerveau disponible comme le disait un grand communiquant de ce capitalisme de la séduction.

Peut-on imaginer une société où la publicité est réduite à l’information factuelle et contrôlée sur les produits et où des moyens décuplés sont à la disposition des consommateurs pour exprimer leurs besoins, leurs attentes, leurs usages, et intervenir ainsi dans la conception des produits et services du seul point de vue qui devrait compter, la valeur d’usage des choses, et non leur valeur marchande ?

Peut-on rêver d’une société où le financement des infrastructures est publique, déniant à quiconque la possibilité de s’approprier des réseaux quels qu’ils soient, question essentielle quand on constate la remise en cause accélérée de la neutralité d’internet... Imaginez des routes dans lesquelles les flux vers la grande surface qu’elles desservent sont priorisées.

Peut-on rêver d’une société de la gratuité parce que la puissance publique apporte un service garanti à tous et que son financement repose sur la seule activité créatrice de valeur, le travail, et le seul prélèvement juste et efficace, celui inventé par la révolution française, l’impôt progressif ?

Nous sommes sûrs que nous ne sommes pas seuls à rêver d’une société libérée des chaines de la marchandisation, mais vous me direz que nous sommes bien loin de la délibération.

Pas vraiment, car au fonds ce choix de société est aussi un choix de ville, et nous avons fait notre choix, nous ne voulons pas de Las Vegas ! Mais nous n’avons pas peur de la ville, de la grande ville, au contraire ! Une ville qui ne se livre pas à la publicité n’est pas une ville triste, éteinte, grise, et les Lyonnais sont bien placés pour le savoir quand ils admirent la ville des murs peints, la ville des illuminations. Ce choix de ville n’est pas un choix entre une ville éclairée et communicante et une ville éteinte et muette, mais le choix entre une ville qui montre ses artistes et ses citoyens, et une ville qui montre ses produits et ses remises.

Je vous remercie.