RÈGLEMENT LOCAL DE PUBLICITÉ Conseil municipal du 15 octobre 2018

, par  Afadly , popularité : 12%

Ce projet de règlement local de publicité de la métropole de Lyon annonce l’ambition de réduction de l’impact de la publicité sur le cadre de vie, et nous soutenons cette démarche en insistant sur la prise en compte de notre règlement actuel et des dérives notamment de la publicité numérique qu’il faut encadrer très fortement.

C’est ce que fait cette délibération portant avis de la ville, mais nous en profitons pour éclairer le débat qui est aussi un choix culturel sur la conception de la ville.
Nous sommes nombreux à rêver d’une ville qui donne à voir ce qu’elle a de meilleur, en architecture, en paysage et nature, en vie culturelle et sociale, et a considérer que la publicité est de tout point de vue un cancer qui défigure la ville. Bien entendu, il faut de l’information sur les services, notamment avec des enseignes, de la signalétique, mais nous savons tous que la publicité extérieure est autre chose et pour l’essentiel ne concerne pas du tout les commerces et services locaux !

Il est vrai qu’on ne peut rêver d’une ville sans publicité sans rêver d’une autre société, dans laquelle ce n’est plus l’offre qui dirige la demande à travers des dépenses toujours plus grandes pour séduire, accaparer l’attention, éliminer les informations concurrentes, capter le temps de cerveau disponible comme le disait un grand communiquant de ce capitalisme de la séduction. Peut-on imaginer une société où la publicité est réduite à l’information factuelle et contrôlée sur les produits et où des moyens décuplés sont à la disposition des consommateurs pour exprimer leurs besoins, leurs attentes, leurs usages, et intervenir ainsi dans la conception des produits et services du seul point de vue qui devrait compter, la valeur d’usage des choses, et non leur valeur marchande...

Peut-on rêver d’une société ou le financement des infrastructures est publique, déniant à quiconque la possibilité de s’approprier des réseaux quels qu’ils soient, question essentielle quand on constate la remise en cause accélérée de la neutralité d’internet... Imaginez des routes dans lesquelles les flux vers la grande surface qu’elles desservent sont priorisées...

Peut-on rêver d’une société de la gratuité parce que la puissance publique apporte un service garanti à tous et que son financement repose sur la seule activité créatrice de valeur, le travail, et le seul prélèvement juste et efficace, celui inventé par la révolution française, l’impôt progressif.

Nous sommes sûrs que nous ne sommes pas seuls à rêver d’une société libérée des chaines de la marchandisation, mais vous me direz que nous sommes bien loin de la délibération.
Pas vraiment, car au fonds ce choix de société est aussi un choix de ville, et nous avons fait notre choix, nous ne voulons pas de Las Vegas ! Mais nous n’avons pas peur de la ville, de la grande ville, au contraire ! Une ville qui ne se livre pas à la publicité n’est pas une ville triste, éteinte, grise, et nous le savons quand nous admirons nos fresques murales, nos mises en lumière d’équipements publics, nos illuminations. Ce choix de ville n’est pas un choix entre une ville éclairée et communicante et une ville éteinte et muette, mais le choix entre une ville qui montre ses artistes et ses citoyens, et une ville dont les marchands montrent leurs promotions et remises.
Alors certes, nous sommes loin d’une société sans aliénation, et c’est pourquoi nous devons réglementer sur les conditions de la marchandisation, entre autres dans la communication extérieure, ce qui est le but de ce règlement.