Programmation sociale 2021
Conseil municipal du 1er février 2021
Article mis en ligne le 5 février 2021
dernière modification le 6 février 2021

par Pierre-Alain Millet

Madame le maire, chers collègues,
Cette délibération annuelle fait partie des nombreuses actions conduites au titre de la politique de la ville que la nouvelle période de renouvellement urbain appelle à renforcer.

Nos oppositions nous dirons que ce n’est pas assez, voire que ce n’est rien par rapport aux besoins. Nous connaissons bien ces critiques de la part de ceux qui, soutiens de Chirac-Sarkozy ou de Blein-Hollande, ont été avec tous les gouvernements successifs qui ont fait exploser la précarité, les inégalités, la pauvreté et affaiblit les services publics. Ils versent des larmes de crocodiles pour tenter de faire croire qu’ils sont du côté des habitants qui souffrent des ségrégations, mais ce sont ceux qui pour répondre à la précarité étudiante veulent les vendre aux banques en s’endettant. Et pour masquer leur responsabilité, ils accusent notre majorité de faire le choix de la pauvreté...

Mais les Vénissians, ceux des quartiers des Minguettes comme de toute la ville ne sont pas dupes. Ils savent bien que le maire et son équipe ne font ni le chômage, ni la précarité, ni la pauvreté qui sont caractéristique de cette société que nous dénonçons alors que nos oppositions la défende, et qu’au contraire, nous sommes la ville qui tient le cap à gauche pour organiser la solidarité, l’accès aux droits, l’accès aux services publics au profit de tous.

Le rapport de la cour des comptes sur les quartiers prioritaires est, pour ceux qui l’ont lu, une fantastique reconnaissance de la qualité des politiques conduites depuis 10 ans aux Minguettes, qui a amélioré le cadre de vie, la réussite scolaire, et même l’attractivité du quartier. Je vous invite à découvrir le point de vue qui a été présenté par le maire à la presse jeudi dernier. Ce document est la meilleure introduction au rapport de la cour des comptes pour ceux qui veulent agir au service de l’intérêt général.

Bien évidemment, ces résultats sont partiels, ne concernent pas tous les quartiers, et sont contrecarrés par ceux qui veulent au contraire détruire les solidarités et les droits, imposer leur domination contre la loi de la république, qu’ils soient intégristes ou trafiquants. Mais le fait est là. Ceux qui ont connu le Vénissy ou l’Amstrong ancien le savent ! Ceux qui partagent les réussites scolaires, sportives, culturelles ou professionnelles de milliers de jeunes des Minguettes le savent. Et même ceux qui voient le renforcement impressionnant des actions de police contre les trafics tout en constatant que le trafic reste parce que les clients sont toujours là ! Tous savent qu’il serait suicidaire de remettre en cause les politiques suivies.

Permettez-moi donc de revenir sur ce mensonge répété par nos oppositions des communistes qui choisiraient les pauvres et refuserait d’accueillir les autres. Tout le monde sait que la ville n’intervient que pour une toute petite part sur les attributions de logement social, dont 90% sont décidés par le préfet, la Métropole, action logement et les nombreuses règles de priorité qui ont été définies par l’État. Evidemment, la ville n’a aucune influence sur les ventes de logements privés qui font 80% des logements neufs de la ville. Donc ce discours est une fausse nouvelle qui fait pschitt. Mais il a pour but de masquer deux réalités brutales.

- Premièrement, si des habitants des Minguettes attendent depuis des années une mutation ailleurs qui ne vient pas, ce n’est pas parce que les communistes les retiennent, mais bien parce que les autres villes ne leur proposent rien ! Et la première raison est qu’il manque de logement social dans la moitié de la métropole, et qu’il manque de logements à loyer acceptable pour les plus pauvres pratiquement partout en dehors des quartiers prioritaires ! Ce n’est pas un problème Vénissian, c’est un problème lyonnais !

- Deuxièmement si les entrants dans le logement social en quartier prioritaire sont plus pauvres que les partants, ce n’est pas qu’aux Minguettes, mais dans tous les quartiers prioritaires, dans toute la ville de Vénissieux, et même dans Lyon et dans toute la métropole. Pour une raison simple : malgré la précarisation du travail, il y a des salariés dont la situation s’améliore, dont les revenus augmentent, et qui peuvent alors trouver un logement plus grand ailleurs, voire acheter un logement. C’est ce qu’on appelle le parcours résidentiel. Donc, ceux qui sortent du logement social sont ceux qui peuvent financièrement. Par contre, ceux qui n’arrivent plus à payer leur emprunt ou leur loyer privé se retrouvent demandeur de logement social et c’est pour cela que la file d’attente s’allonge sans cesse. En 2020, on arrive à dépasser 10 demandeurs pour une offre ! Et le revenu médian des demandeurs baisse dans toute la métropole !

Je vous invite à lire le rapport annuel de l’USH sur les données du logement qui confirme une terrible ségrégation sociale qui marque la France depuis des décennies. De 1983 à 2013, l’insee n’a pas mis à jour son enquête logement depuis, les revenus médians des locataires du parc social ont baissé de 11% alors que ceux des propriétaires ont augmenté de 39%... Un écart aggravé de 50% en 30 ans qui a creusé la fracture entre deux France. Ce n’est pas un problème des quartiers prioritaires, c’est un problème de toute la société, et c’est pourquoi les communistes restent déterminés à travailler pour unir les différentes couches sociales, pour construire une ville utile à tous.

C’est pourquoi nous dénonçons le discours du ghetto comme un discours de stigmatisation et de division légitimant les inégalités. Non, les Minguettes ne sont pas un ghetto. Ce mot est même insultant. Les habitants des Minguettes sont-ils renfermés sur eux-mêmes et marginalisés ?

Allons-donc ! Les habitants des quartiers des Minguettes travaillent dans toute l’agglomération et au-delà. Ils sont les premiers de cordées essentiels, aides-soignantes, femmes et hommes de ménage, de sécurité, ouvriers, chauffeurs, manutentionnaires, infirmières, cuisiniers, boulangers, techniciens... Ils travaillent partout et dans toute la société.

Les habitants des quartiers sont mobiles comme dans toutes les villes, plus de 400 par an partent ailleurs. Depuis les années 90, il y a donc des milliers d’anciens des Minguettes partout dans la métropole et ailleurs !

Les habitants des quartiers des Minguettes font des projets en dehors de leur quartier et les réussissent. Les collégiens de Triolet découvrent des agriculteurs pour créer un AMAP, ils découvrent des ingénieurs de la chimie dans le partenariat avec rhodia pour des actions de développement durable, la liste serait interminable.

Les jeunes des quartiers des Minguettes sont nombreux à réussir leurs études, certains iront en école d’ingénieur, ou à Sciences-Po, ou en fac de droit, et partout. Ils deviendront cadres, enseignants, chefs de projets, ingénieurs. Expressions les mets en valeur régulièrement, dont ces derniers jours et j’en suis fier, un étudiant en dernière année de l’INSA qui aura une très belle vie professionnelle.

Oui, nous sommes fiers d’habiter aux Minguettes, de Léo à la Pyramide, de Darnaise à Monmousseau, et nous voyons avec fierté l’impact de la rénovation urbaine comme les réussites sociales, sportives, éducatives, professionnelles de centaines de Vénissians des quartiers des Minguettes.

Bien sûr nous avons les yeux grands ouverts sur les difficultés, les drames, mais nous refusons la stigmatisation qui fait croire que le problème ce serait nous, les habitants des quartiers des Minguettes. Non, le problème c’est la domination du capital sur notre société qui précarise le travail, s’enfonce dans les addictions et la marchandisation, qui accepte l’inacceptable, l’incroyable aggravation des inégalités en pleine crise où les revenus des riches explosent en même temps que la précarité et la pauvreté.

Alors permettez-moi de conclure, vive les quartiers des Minguettes, vive Vénissieux !